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Il y a des villes qu’on associe à certains styles de musique. Sheffield est synonyme de pop originale et créative. Au cours des trente dernières années, la ‘ville de l’acier’ a révélé The Human League, Pulp, Cabaret Voltaire, Moloko, The All Seeing I, Warp Records et bien sûr les légendaires Def Leppard. En 2003, l’esprit est toujours actif, sinon plus, avec quelques fers de lance comme I Monster et Fat Truckers.

Dean Honer et Jarrod Gosling forment I Monster en 1997, à la suite d’une rencontre fortuite dans le département ‘vinyles’ de la Sheffield Central Library, alors qu’ils sont tous deux en train de fourrer discrètement des disques dans leurs pantalons et pull-overs. Fin 1998, ils ont un album à leur actif, qu’ils décident de vendre uniquement à Rough Trade en série limitée à 1000 exemplaires et les clients se les arrachent littéralement ! Dean est aussi impliqué dans le projet The All Seeing I et occasionnellement produit Add N To X, donc pendant quelques temps I Monster est mis entre parenthèses, le temps que Dean remplisse ses autres engagements. Mais en fait le projet n’est pas totalement en stand-by car Jarrod travaille de son côté chez Record Collector, le spécialiste à Sheffield des disques vinyles rares et exotiques, et enregistre une foule d’idées et de samples qui deviendront plus tard les bases de l’album ‘NeveroddoreveN’.

Entre-temps Dean crée Cercle Records avec Barry 7 au début de 2001, dont le credo est de faire découvrir les nouveaux talents de Sheffield. Ils décident de sortir en catimini le single ‘Daydream In Blue’ de I Monster et l’intérêt ne se fait pas attendre. Plus tard dans l’année, le tout jeune label Showbiz propose de re-sortir ‘Daydream’ à travers Instant Karma/Dharma Records. Cette fois, c’est le jackpot , le hit de l’été et l’objet d’une bataille juridique très médiatique avec The Beta Band autour du sample, mais le vent est en train de souffler dans le bon sens.

Alors qu’on entre dans l’été 2002, The All Seeing I sont en hibernation, Add N To X se sont séparés et Jarrod a quitté son job chez Record Collector. Ce qui laisse suffisamment de temps aux deux comparses pour se concentrer sur I Monster et réaliser cet époustouflant album « NeveroddoreveN ».

I Monster tire son nom d’un vieux film d’horreur britannique, un choix très approprié tant leur son a cette particularité de suggérer immédiatement des scènes de films noirs à petit budget, de véritables classiques cultes et truffés de bizarreries, le genre d’œuvre qui pénètre insidieusement dans votre inconscient et vous fait entrevoir cette pointe sous-jacente de surréalisme et de noirceur sinistre. Leurs chansons sont sophistiquées, riches en tessiture et en couches superposées, avec suffisamment de mélodies et de refrains accrocheurs pour en faire un carton assuré.

« Some Things Coming « démarre l’album au lever du jour par le chant d’un coq électronique, puis l’on monte dans un train pour un voyage à travers la campagne jusqu’au cœur de I Monster. Le voyage passe par les nappes émouvantes et immédiatement reconnaissables de « Daydream In You » avec le sample de la fameuse chorale Gunter Kallman et le souffle de l’été 2001 revient tout à coup en force, ainsi qu’une foultitude d’autres jours glorieux et imaginaires…

« Hey Mrs » accélère le rythme et entraîne dans son sillon un élan d’euphorie, un peu comme du E.L.O survitaminé, bien que le thème ne soit pas forcément joyeux et léger : « Hey, regarde toi, tu planes à 1000 kms et tu ne redescends plus… Ces rides sur ton visage te trahissent, il ne reste plus que le laser pour toi ». Puis nous passons au crooner en costume à velours tandis qu’ « Everyone’s A Loser » malmène des paroles d’Hot Chocolate. Une chanson d’amour, de vie, de mort chantée avec l’œil brillant et les mains pleines de liasses de dollars.

Puis nous arrivons dans une famille propre et bien élevée, qui vit ses fantasmes les plus sombres en cachette. Voici « Heaven Is Inside You » et son Johnny Ray electro faisant la sérénade à une poupée gonflable dans une scène du « Blue Velvet » de David Lynch. Vient ensuite le nouveau single « Who Is She » et son thème à la James Bond, des synthés typiquement ‘sheffieldiens’ et une voix envoûtante et mélancolique à la Roy Orbison. « Stobart’s Blues » est un hymne pour grands routiers dans le sud des Etats-Unis, accompagné de la guitare slide de Richard Hawley.

I Monster devient alors très insidieux dès que Marion Benoist débarque avec sa voix blanche sur « The Backseat Of My Car ». Vous cherchez un chauffeur, allez, montez à l’arrière et dites où voulez-vous aller. Le prochain titre « These Are Our Children » démarre avec une rhumba jouée sur une batterie électronique et une énorme basse très grasse, qui accompagnent les voix innocentes et douces de petites têtes blondes. A noter que la fille du légendaire joueur de foot Chris Waddle fait partie de cette chorale. Mais imaginez-vous en train de jouer à cache-cache avec des enfants dans le « Village des Damnés ». A vous glacer les sangs !

« Sunny Delights » offre un angle nouveau sur les belles mannequins en maillot : « Il fait soleil, une fille sur la plage, il fait soleil, pleine de rouge à lèvres et les cheveux teints…est-ce que tu trembles ? Es-tu déshydratée ?…Es-tu en train de fondre ? je vais apaiser ta belle peau toute tendre ce soir « Cette histoire perturbante fait mouche grâce à une orchestration efficace avec ses boucles répétitives qui enflent, ses flûtes hypnotiques et de grands coups de clavier partant en spirale. Le dernier titre semble être une leçon de biologie sur la reproduction à bord du sous-marin dans ‘Le Voyage Fantastique » avec un Donald Pleasance expliquant avec une belle assurance que «ce n’est qu’une toute petite partie de moi qui est en toi après tout, ce n’est rien ». Superbe.

Dans son ensemble, « Neveroddoreven » présente une vision biaisée mais très amusante du monde moderne dans lequel nous vivons. Oh…n’oubliez pas le titre caché « Lucifer, tu es le diable, Satan, quel jeu joues-tu, Belzebut où es-tu ? »

Dans l’univers d’I Monster, la normalité est anormale, la beauté laide et les enfants les plus effrayants. Ils voient la pop musique à travers une loupe déformante, loin de la vallée du néant, dans un pays où les fleurs sont utra-colorées et vénéneuses.
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A Dense Swarm Of Ancient Stars (2009)